Après avoir brièvement sonné, pour la forme, je sors la clé et entre chez elle. La puanteur prend à la gorge.
–Ça fait deux jours que je t'appelle et que tu ne réponds pas. Où es-tu?
Pas de réponse.

La bouteille de rhum rapportée de notre dernier voyage dans le Sud me regarde. Presque vide. Il ne reste maintenant plus grand chose de ces vacances. Nous avions besoin d'air, de rêver notre vie, en amantes… Nous sommes retombées dans notre marasme. Bref intermède.
Je sue. Infernale moiteur de juillet en ville. Je mets un peu de musique. Cubaine.

–Je t'aime, je t'aime, je t'aime. Pourquoi me fais-tu ça?
L'accueil est glacial. Impuissante, je m'effondre à ses pieds, pleurant à m'en étouffer. Après un moment, je me relève, prise d'un haut le coeur.
–Je t'avais dit qu'elle finirait par t'avoir. Reste avec moi, je ne veux pas partir ainsi... Maudite boisson...
Ces sons sont émis d'une voix inaudible, accablée. Le temps passe, j'erre dans mes pensées. L'autre reste là, silencieuse, inerte. C'est un parti pris. Tout est dit, dans le fond, je ne le sais que trop bien.

–Les ménages à trois ça ne marche jamais.
Dans un geste de rage, la bouteille se retrouve dans le fond de la cuisine, éclatée en mille pièces. Pour une fois, c'est moi qui fais le dégât.
–Voilà, il ne reste plus rien de nous maintenant.
Les effluves d'alcool se mêlent aux relents ambiants. Cela ne fait qu'empester davantage.
–Maudite cochonnerie! Tu ne m'auras pas, c'est assez de ravages comme ça.
Lasse, je retourne dans la chambre pour lui dire un dernier mot. Je croise mon image dans le miroir, yeux bouffis. La tristesse domine. Je ne respire plus par secousses. Plus calme, je la regarde. Les larmes coulent tranquillement…
–On aurait pu tellement faire ensemble… T'as fait d'autres choix. Je suis défaite, mais je ne peux plus rien pour toi. J'aurai vraiment tout essayé. M'en veux-tu?… D'accord, il y a encore une chose que je peux faire: appeler la police.
Je reviens la serrer une dernière fois et me dirige lentement vers le téléphone.
Près du lit, le corps de l’autre oscille doucement au bout de sa corde.

©2008, photos Chantale Côté
©,2009 2e prix, catégorie fiction, concours littéraire Altern’Art 2009
publié dans Sortie, Vol.3 No3, août 2009, Québec,QC